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Agriculture : une nouvelle strategie de développement agricole
Au cours des dix dernières années, la contribution du secteur agricole a représenté 15% à 20% du PIB total. Le taux de croissance annuel moyen du PIB Agricole a été de +3,98%.Â
l’évolution de la valeur de la production agricole montre une amélioration en terme constant de 20 milliards de DH sur dix ans attribuée principalement aux performances de l’arboriculture, maraîchage, la production laitière et le secteur avicole. Il faut dire que ces performances remarquables ont été réalisées dans un contexte de stagnation de l’investissement public agricole.
Le développement du secteur agricole impacte de manière déterminante le développement de l’ensemble de l’économie nationale. Ce secteur est en effet étroitement lié à d’autres secteurs de l’économie, tels que, les industries et les services d’approvisionnement en intrants en amont, ainsi que la transformation et la commercialisation de la production agricole en aval.
Au cours de la décennie dernière, les investissements d’extension de l’irrigation se sont élevés à 5,6 milliards de dirhams, pour la réalisation de 90.540 ha irrigués, dont 82.000 ha en grande hydraulique.
L’aménagement hydraulique à travers l’extension de l’irrigation a concerné plusieurs régions du pays notamment le Haouz, les Doukkala, le Gharb, le Loukkos, le Moyen Sebou, Boulemane, Essaouira, Taounate, Khénifra et Nador.
Pour ce qui est de réhabilitation et de mise à niveau des périmètres d’irrigation, les investissements se sont élevés à 2,98 Milliards de dirhams, portant sur une superficie totale de près de 200.000 ha. Dans le souci d’économie et la valorisation d’eau en irrigation, 100.000 Ha additionnel ont bénéficié d’équipement en matériel d’irrigation localisé.
Cette décennie a également connu l’amélioration notable des conditions relatives à la mise en place des équipements d’économie d’eau, avec le relèvement du taux des subventions, accordées par l’Etat dans le cadre du Fonds de Développement Agricole (FDA) aux agriculteurs réalisant des projets d’irrigation économes en eau, d’un taux moyen de 17% à 60%, la simplification des procédures d’octroi par l’instauration du guichet unique du FDA au niveau des structures de proximité du département de l’Agriculture, et le lancement des jalons d’une réforme institutionnelle de la grande irrigation à travers la réalisation d’un projet pionnier de partenariat public-privé pour la gestion déléguée du service de l’eau.
Ce partenariat public-privé a été réalisé pour la sauvegarde du périmètre agrumicole d’El-Guerdane d’une superficie de 10.000 ha dans la région du Souss-Massa. Cet exemple modèle de gestion délégué, s’inscrit dans une perspective globale de mise en place de systèmes assurant la durabilité des infrastructures collective d’irrigation et l’efficacité dans la gestion du service de l’eau.
Force est de souligner que des études sont en cours pour l’extension de ce mode de gestion à d’autres périmètres de grande irrigation notamment dans les périmètres de Doukkala, Tadla et Loukkos.
La période 1999-2009 a été marquée également par la mise en œuvre de réformes des régimes fonciers visant à réduire les obstacles institutionnels qui entravent l’investissement et le dynamisme productif des agriculteurs. Ainsi, la législation relative à la réforme agraire a été modernisée par la simplification des procédures de régularisation et la levée des obligations incombant aux attributaires.
Continuant sur la même dynamique d’encouragement de l’investissement privé dans le secteur agricole, le domaine privé de l’Etat a été mobilisé dans le cadre d’un programme de partenariat pour la mise en valeur des terres agricoles gérées par les sociétés d’état SODEA et SOGETA sur une superficie de 79.000 ha.
Le succès de ces opérations en termes d’intérêt déclaré et de fonds mobilisables, ainsi que les réussites manifestes des projets déjà opérationnels, ont démontré l’intérêt que suscite le secteur agricole auprès des investisseurs nationaux et internationaux.
L’investissement généré par ces opérations de partenariat public-privé s’élève à 12,2 milliards de dirhams et devrait créer 30.500 emplois nouveaux. L’évolution des systèmes d’incitation au secteur agricole est marquée par le renforcement de l’appui de l’état et la réforme du Crédit Agricole du Maroc (CAM).
L’appui financier de l’Etat à l’investissement privé s’élève à plus de 5 milliards DH pour la période 1998-2008. Ces aides ont connu un accroissement notoire depuis 2006 suite au relèvement des taux de subvention accordés aux investisseurs agricoles.
En outre, la réforme du CAM a permis la mise en place d’un système moderne de financement, à même de répondre aux besoins des exploitations modernes et bancarisables.
Les principaux axes de la réforme du CAM s’articulent autour du financement des exploitations agricoles solvables conformément aux règles prudentielles bancaires, de la facilitation du financement des activités agricoles et rurales de la petite et moyenne exploitation agricole, et de la réalisation pour le compte de l’Etat des missions de service public par la mise en œuvre de conventions établies entre l’Etat et le CAM.
Le CAM a joué un rôle important en veillant à renforcer son soutien aux petits agriculteurs porteurs de projets et petits exploitants agricoles n’ayant pas accès au système de financement bancaire classique, à travers 2 initiatives. D’une part, la fondation ARDI de micro crédit a été créée, dédiée au financement des petits et moyens agriculteurs participants à la réalisation de projets s’inscrivant dans l’orientation de la politique agricole. D’autre part, la Société de Financement Agricole Régionalisé a été mise en place, dédiée à l’accompagnement en termes de financement des programmes de développement agricole et rural adoptés par le Gouvernement au niveau national ou au niveau régional et ciblant les petits agriculteurs porteurs de projets et petits exploitants agricoles qui n’ont pas accès au financement bancaire classique et justifiant de projets rentables et viables.
Signée sous la Présidence effective de Sa Majesté le Roi Mohamed VI, la convention entre le Maroc et le Millenium Challenge Account (MCC) porte sur la réalisation en cinq ans d’un programme comportant cinq projets ayant trait à l’amélioration de l’arboriculture fruitière, à la mise à niveau de la pêche artisanale, au développement de l’artisanat, au soutien de la création d’entreprises, aux activités génératrices de revenus et au micro-crédit et à l’appui aux programmes de l’initiative nationale pour le développement humain (INDH).
Le projet arboriculture fruitière concerne des zones de montagnes et oasiennes aussi bien en bour qu’en irrigué, portant sur un coût global des investissements à environ 4.177 millions de dirhams dont 2.558 millions de dirhams financés par le MCA.
Le Maroc a élaboré en 1999 une stratégie de développement rural projetée à l’horizon de deux décennies (2020), dont les concepts fondateurs sont :
-   Intégration des interventions et approche globale de développement rural ;
-   territorialisation des interventions modulées selon les potentialités locales ;
-   décentralisation des processus de conception et de mise en œuvre des projets ;
- Â Â responsabilisation et participation des populations ;
-   développement de systèmes de partenariat et de négociation contractuelle ;
-   mise en place de mécanismes plus souples de mobilisation des ressources nécessaires.
En effet, les zones d’agriculture pluviale ont profité durant la dernière décennie d’une forte dynamique d’aménagement et de mise en valeur grâce à la réalisation de 57 projets. Ces projets ont intéressé tous les écosystèmes : les plaines, les zones de montagnes et les oasis. L’aire géographique totale concernée est de l’ordre de 5,4 Millions d’hectares et la population totale bénéficiaire est estimée à 2,4 Millions d’habitants. La réalisation de ces projets a permis le désenclavement des zones rurales par l’ouverture de 460 km de pistes, l’amélioration de la productivité des terres agricoles à travers les programmes de remembrement en bour (138.800 ha), d’épierrage (36.300 ha) et de conservation des terres agricoles (72.000 ha), ainsi que l’amélioration des conditions de vie des populations vivant dans la précarité.
Conscient de l’importance stratégique de l’agriculture dans le développement socio-économique du pays, et dans l’objectif de faire de ce secteur le principal levier de croissance de l'économie nationale, le Royaume a mis en place un ambitieux plan de développement agricole baptisé « Plan Maroc Vert ».
Le Plan Maroc Vert, signé le 22 avril 2008 à Meknès lors des premières assises de l’agriculture, est considéré comme une véritable feuille de route pour le développement agricole du pays.
Le Royaume a mis tous les ingrédients de son coté pour la bonne gouvernance de ce grand chantier national de modernisation et de mise en valeur de son agriculture. Â
Dans l’optique d’une mise à niveau harmonieuse et bien intégrée et pour une mise en valeur de l’ensemble du potentiel territorial marocain en phase avec les spécificités spatiales de chaque région, le Maroc a procédé à une déclinaison de la stratégie nationale en politiques régionales de développement agricole.
A cet effet, seize conventions de partenariat accompagnant le Plan Maroc Vert et 16 Plans Agricoles Régionaux ont été signées entre le gouvernement et les 16 régions du Royaume.
La signature des ces conventions constitue un engagement fort de la part de l'ensemble des régions et des acteurs pour la concrétisation du Plan Maroc Vert. Elle témoigne de l’esprit de concertation, de collaboration et du grand degré d’implication de toutes les forces vives du pays pour l’opérationnalisation des axes stratégiques de ce plan.
Ces conventions s’assignent pour objectif la réalisation, à l'horizon 2020, de plus de 1500 projets relatifs à l'amélioration et au développement des différentes cultures, notamment des céréales, des agrumes, des légumineuses, de l'olivier, de l'amandier, du figuier, de la betterave et de la canne à sucre, ainsi que la production de viandes rouges, de viandes blanches et du lait de vache, de chamelle et de chèvre.
Le Plan Maroc Vert repose sur deux Piliers complémentaires répondant de manière différenciée aux défis posés. Le premier pilier est axé sur un développement accéléré d’une agriculture moderne et productiviste, à haute valeur ajoutée. Le deuxième pilier est axé sur l’accélération de la lutte contre la pauvreté rurale par l’amélioration du revenu agricole. L’accompagnement transverse du Plan se fait à travers un ensemble déterminé de réformes structurelles et institutionnelles.
-    Le Pilier I : Développement agressif de nouveaux moteurs de croissance à haute valeur ajoutée et/ou productiviste (par filières) autour de nouveaux types d’acteurs intégrés/agrégés à forte capacité managériale et socialement équitables
-    Pilier II : Mise à niveau solidaire des acteurs les plus fragiles autour de programmes d’encadrement à la production/valorisation, d’agrégation sociale et de reconversion par Région.Â
-    Réformes structurelles : mise en place de réformes sur 6 principaux axes transversaux alignés sur les objectifs des Piliers I et II (Foncier, Eau, Fiscalité, modernisation du marché national, ALE, dispositif d'aide aux acteurs par l’accès au crédit).
-    Réforme institutionnelle : réforme des fonctions de l'Etat (focalisation du Ministère sur les rôles de régulation, recours accru à la gestion déléguée), de même que l'octroi de nouveaux moyens financiers, managériaux et institutionnels adaptés aux défis.
Le Plan Maroc vert concerne un portefeuille de 1.506 projets dont 961 pour le pilier I et 545 concernent le pilier II projets portant sur une enveloppe d’investissement d’environ 147 milliards de DH à réaliser sur 10 ans.
Par ailleurs, les 16 plans régionaux Il bénéficieront à une population estimée à 1,4 million d’agriculteurs dont 40% au niveau du pilier I et 60% pour le pilier II. Ils vont créer pas moins de 1,5 million d’emplois supplémentaires. En outre, le Plan ambitionne d’accroître considérablement les exportations du secteur agricole. Il s’agit de passer d’un volume export de 1,35 million à 4,6 millions de tonnes par an.
La réforme du secteur agricole figure parmi les priorités du pays. Le Plan Maroc Vert ainsi que ses déclinaisons régionales constituent de ce fait une véritable feuille de route fédérant toutes les ressources et tous les acteurs du pays pour hisser le niveau de l’agriculture marocaine et accroître sa valeur et sa productivité.

