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Les femmes au cœur du processus de développement marocain

Addthis
A la fin des années 90, le Maroc est à la croisée des chemins concernant les questions de genre et d’égalité des sexes. En effet, deux visions s’opposent avec force. D’un côté, persiste une vue conservatrice, qui voudrait opposer à ceux qui veulent faire évoluer la législation en faveur des femmes une grille de lecture du dogme figée. D’un autre côté, un souffle de progrès, porté notamment par la société civile, est en train de s’incarner avec force , les femmes investissant quasiment tous les métiers. En effet, les femmes ont déjà fait leur apparition au gouvernement et au parlement sous feu S.M Hassan II, mais ces avancées ont besoin d’être prolongées au niveau réglementaire pour garantir  une égalité de droits, ainsi qu’une égalité des chances. Le défi n’est pas simple : comment concilier les deux courants extrêmes qui traversent la société marocaine sans créer de nouvelles tensions et sans risquer de renforcer ceux qui véhiculent les idées les plus obscures. Dans ce domaine, il est apparu très vite que le consensus ne pourrait être obtenu, et que le pouvoir politique, au plus haut niveau, devait prendre une décision claire et définir une vision cohérente qui conditionnerait l’avenir de la femme marocaine. Peu après son accession au trône, Mohammed VI donne le ton, dans son discours du 20 Août 1999 : « Comment espérer atteindre le progrès et la prospérité alors que les femmes, qui constituent la moitié de la société, voient leurs intérêts bafoués, sans tenir compte des droits par lesquels notre sainte religion les a mises sur un pied d'égalité avec les hommes, des droits qui correspondent à leur noble mission, leur rendant justice contre toute iniquité ou violence dont elles pourraient être victimes, alors même qu'elles ont atteint un niveau qui leur permet de rivaliser avec les hommes, que ce soit dans le domaine de la science ou de l'emploi? ». Le ton adopté par le souverain lors de ce discours est sans équivoque, et annonce les réformes importantes qui vont être adoptées par la suite. Dès 2000, un premier bras de fer s’amorce et deux manifestations géantes sont organisées le 12 mars, où partisans et opposants de l’élévation de l’âge légal du mariage (le portant de 15 à 18 ans) s’expriment librement, tout en laissant transparaître que ces questions ne sont pas anodines, et constituent bel et bien l’un des sujets majeurs du nouveau règne de Mohammed VI. Cette réforme de l’âge du mariage faisait en réalité partie d’un « (…) plan de l’intégration de la femme au développement », porté par le gouvernement socialiste d’Abderrahmane Youssoufi, qui comportait une partie impactant le code du statut personnel, communément appelé « Moudawana ». Et c’est précisément à la réforme de cette dernière que va s’atteler le roi Mohammed VI, privilégiant une refonte globale, plutôt qu’une action par touches, à la marge. Touchant à des considérations religieuses, la réforme de la Moudawana a eu besoin de toute l’autorité religieuse de SM le roi, en tant que Amir al Mouminine (Commandeur des croyants), pour pouvoir voir le jour. Dans un discours fondateur, prononcé lors de l'ouverture de la deuxième année législative de la 7-ème législature (10 octobre 2003), SM Le Roi Mohammed VI résume l’esprit qui anime la réflexion de la commission qu’il a chargé de lui soumettre des propositions :
« En adressant Nos Hautes Directives à cette Commission, et en Nous prononçant sur le projet de Code de la Famille, Nous entendions voir introduire les réformes substantielles suivantes :

1- Adopter une formulation moderne, en lieu et place des concepts qui portent atteinte à la dignité et à l'humanisme de la femme.
- Placer la famille sous la responsabilité conjointe des deux époux. A cet égard, Mon Aïeul le Prophète Sidna Mohammed, "Paix et Salut soient sur Lui a dit :" les femmes sont égales aux hommes au regard de la loi". Il est, en outre, rapporté qu'Il a dit : "est digne, l'homme qui les honore et ignoble celui qui les humilie".

2- Faire de la tutelle (wilaya) un droit de la femme majeure, qu'elle exerce selon son choix et ses intérêts, et ce, en vertu d'une lecture d'un verset coranique selon laquelle la femme ne saurait être obligée à contracter un mariage contre son gré : "Ne les empêchez pas de renouer les liens de mariage avec leurs maris si les deux époux conviennent de ce qu'ils croient juste". La femme peut, toutefois, mandater de son plein gré à cet effet, son père ou un de ses proches.

3- Assurer l'égalité entre l'homme et la femme pour ce qui concerne l'âge du mariage, fixé uniformément, à 18 ans, en accord avec certaines prescriptions du Rite Malékite; et laisser à la discrétion du juge la faculté de réduire cet âge dans les cas justifiés. Assurer également l'égalité entre la fille et le garçon confiés à la garde, en leur laissant la latitude de choisir leur dévolutaire, à l'âge de 15 ans.

4- S'agissant de la polygamie, Nous avons veillé à ce qu'il soit tenu compte des desseins de l'Islam tolérant qui est attaché à la notion de justice, à telle enseigne que le Tout-Puissant a assorti la possibilité de polygamie d'une série de restrictions sévères. "Si vous craignez d'être injustes, n'en épousez qu'une seule".
Véritable programme qui change le prisme d’appréhension de la famille dans sa globalité, la réforme de la Moudawana a été l’un des éléments les plus marquants de la dernière décennie de règne, redonnant à la femme la place qui lui revient au sein de la société marocaine.
Ce mécanisme enclenché, il reste, bien entendu, un certain nombre d’écueils à surmonter, notamment au niveau de l’évolution des mentalités et de l’application de la loi. L’Etat se devait donc d’être exemplaire, et d’ouvrir aux femmes certains postes dans la fonction publique qui étaient jusqu’alors, réservés exclusivement aux hommes. Les postes les plus emblématiques sont sans conteste ceux d’agents de police, d’inspecteur de police ou de commissaire, qui sont ouverts et occupés par des femmes depuis 2001, mais également ceux d’agent d’autorité, à l’ouverture plus récente. D’autres emplois, autrefois considérés comme pénibles, tel chauffeur de bus, se sont également progressivement ouverts aux femmes.

Néanmoins, c’est incontestablement au niveau du champ politique que la féminisation du Maroc est la plus spectaculaire. Ainsi, en 2002, la réforme de  la loi électorale, instituant une liste nationale réservée aux femmes a ouvert la voie à  l’entrée de trente femmes au sein de la Chambre des représentants. Ceci a permis l’émergence de nouvelles thématiques au sein du débat politique, mais également le rééquilibrage au niveau du genre dans une agora jusqu’alors trustée par les hommes.

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